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Syrie : 1 000 civils sont morts en vingt jours dans la Ghouta orientale

Les forces loyalistes ont fait une percée majeure dans l’enclave rebelle, samedi, et sont parvenues à diviser le fief insurgé en trois.

Appuyées par les aviations russe et syrienne, les troupes du régime ont effectué, samedi 10 mars, une percée majeure dans la partie rebelle de la Ghouta orientale, isolant la principale ville du dernier fief insurgé aux portes de Damas, Douma.

Les forces loyalistes « ont isolé Douma du reste de la Ghouta orientale, après avoir pris le contrôle de la route la reliant à Harasta à l’ouest et à Misraba au sud », a rapporté l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH). Elles sont parvenues à diviser la Ghouta orientale en trois : Douma et sa périphérie au nord, Harasta à l’ouest et le reste des localités au sud. Leur objectif est d’affaiblir les factions rebelles contrôlant l’enclave, d’où des obus sont tirés sur des secteurs de la capitale Damas, fief du pouvoir, faisant des victimes.

« Les loyalistes progressent sur plusieurs fronts », a expliqué à l’Agence France-presse (AFP) Rami Abdel Rahmane, directeur de l’OSDH. « Les avions syriens et russes ont largué des barils d’explosifs sur Douma » et poursuivent les raids sur d’autres localités.
La vaine contre-offensive des groupes rebelles

Selon un correspondant de l’AFP à Douma, la ville était, en milieu de journée, la cible de bombardements aériens et de tirs d’artillerie. Selon le dernier bilan de l’OSDH, 1 000 civils ont été tués dans la Ghouta orientale depuis le 18 février.

Les groupes rebelles ont tenté, en vain, une contre-offensive avant de reculer, samedi, sous la pluie de bombes du régime et la progression au sol. « Des combats ont eu lieu avec le groupe Jaich al-Islam aux abords de Douma tandis que d’autres ont opposé le régime au groupe Faylaq al-Rahmane », poursuit Abdel Rahmane.

Cette nouvelle offensive rend difficile le travail des médecins : samedi, les ambulances transportant les blessés ne sont parvenues que difficilement à atteindre les hôpitaux ou cliniques de fortune, à cause de l’intensité des bombardements.

Le représentant en Syrie du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), Sajjad Malik, qui est entré dans la Ghouta avec un premier convoi lundi, a affirmé que la région était « au bord d’une catastrophe majeure ». « Je n’ai jamais vu autant de peur sur les visages », a-t-il affirmé dans un entretien publié sur le site du HCR. Il a décrit un immeuble de cinq étages réduit en décombres et une forte odeur nauséabonde se dégageant d’édifices où plusieurs corps sont ensevelis.
« Appel au secours »

Le conseil local de Douma a lancé un « appel au secours » adressé aux organisations internationales, soulignant que « de nombreuses personnes dormaient désormais dans les jardins publics et sur les routes, les abris et sous-sol étant débordés ».

Il affirme également que « l’enterrement [des morts] devient difficile », en raison notamment de bombardements ayant touché le cimetière de la ville.

Selon la télévision d’Etat syrienne, « l’armée intensifie ses opérations » sur plusieurs fronts. Elle a diffusé des images en direct de la ville de Misraba, montrant des dizaines de civils dans un sous-sol sans lumière et un vieillard en pleurs racontant comment sa famille avait dû fuir les bombardements et s’était réfugiée à Douma.

En près de trois semaines, 976 civils ont péri, dont 208 enfants, et plus de 4 300 ont été blessés, selon l’OSDH.

La Ghouta orientale, au cœur du conflit syrien

Ancien « poumon vert » de Damas, situé à l’est de la capitale de la Syrie, la Ghouta orientale est un fief rebelle qui fait, depuis 2013, l’objet de bombardements quasi quotidiens.

Cette année-là, le conflit prend un nouveau tournant dans la zone avec des attaques chimiques dans les alentours de Damas ; en mai, les journalistes du Monde sur place sont les premiers à être témoins d’attaques chimiques lancées à l’entrée de la capitale durant plusieurs jours. Mais c’est surtout lors d’un massacre durant la nuit du 21 août de la même année que ces armes sont utilisées massivement.

A partir de 2015, des dizaines de civils sont affectées par les pénuries de nourriture et de médicaments.

Depuis l’été 2017, la région est censée être une des « zones de désescalade » créées en vertu d’un accord entre la Russie, l’Iran — principaux soutiens du régime — et la Turquie, qui appuie l’opposition. Mais les bombardements n’ont jamais cessé. Le 5 février, le régime lance une offensive aérienne d’une intensité inédite.

Le Monde
 

 



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