Voyage dans le Midwest, terre des climatosceptiques
L’Oklahoma concentre les paradoxes d’une partie de l’Amérique face au réchauffement, attribué à Dieu plutôt qu’à l’activité humaine.
Il y a ceux pour qui c’est une question de foi. « Un acte de Dieu », assure le pasteur amérindien (nation crow) Gary Bird, qui travailla dans une mine de charbon du Montana pendant trente-sept ans. D’autres remontent le temps, telle Lezlie Salari, sexagénaire du même Etat, interloquée par sa visite du parc national des Arches (Utah) : ces merveilles ont été créées par une succession de glaciations et réchauffements, d’océans et de surgissements de montagnes : « La terre a connu de tels changements », soupire-t-elle. Et il y a ceux qui contemplent la puissance de la « mère nature », tel le fermier du Nebraska Randy Uhrmacher : « Quand vous voyez la force des volcans, cela m’étonnerait que l’homme ait autant de pouvoir. » Ainsi, dans ce Midwest républicain, on ne cesse de croiser des climatosceptiques, qui ne croient guère à l’origine humaine du réchauffement.
Ici plus qu’ailleurs, l’histoire des Etats-Unis imprègne les mentalités. L’Amérique s’est construite sur la difficile conquête de l’Ouest. Contre une « mère nature » plus qu’hostile. La mémoire collective est nourrie de combats fondateurs et surtout victorieux. Comme lorsque dans les années 1830, quand les soldats américains pénétrèrent en Floride, avec ses marais, ses moustiques et ses ouragans, ils en conclurent qu’ils feraient mieux de laisser cette terre aux Indiens. Pourtant, à force de drainage et d’air conditionné, les Américains en firent « un paradis qui n’aurait jamais dû exister », selon l’expression du journaliste Michael Grunwald.
On l’a vu aussi cet été lors des inondations de Houston : la ville décolla au début du siècle, en 1900… grâce à un cyclone de force 4, qui fit 8 000 morts et détruisit le port de Galvestone, dans le golfe du Mexique, qui fut rapatrié dans le bayou abrité de Houston.Quant à la vraie fête nationale américaine, Thanksgiving, elle commémore la première récolte des Pères pèlerins arrivés en 1620.
Le Monde